{"id":3265,"date":"2007-01-08T13:40:01","date_gmt":"2007-01-08T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/01\/08\/forum-social-mondial-au-burkina-faso-des-jeunes-veulent-toujours-partir-en-europe\/"},"modified":"2007-01-08T13:40:01","modified_gmt":"2007-01-08T13:40:01","slug":"forum-social-mondial-au-burkina-faso-des-jeunes-veulent-toujours-partir-en-europe","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/01\/08\/forum-social-mondial-au-burkina-faso-des-jeunes-veulent-toujours-partir-en-europe\/","title":{"rendered":"FORUM SOCIAL MONDIAL: Au Burkina Faso, des jeunes veulent toujours partir en Europe"},"content":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 8 jan (IPS) &#8211; Avec le th\u00e8me &quot;Le Burkina Faso face \u00e0 la mondialisation : un autre Burkina est possible&quot;, le Forum social de ce pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest a fait de l&#39;immigration des jeunes un sujet capital.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Selon Fran\u00e7ois Traor\u00e9, l&#39;un des leaders du forum qui s&#39;est r\u00e9uni \u00e0 Ouagadougou, \u00e0 la fin-d\u00e9cembre \u00e0 Ouagadougou, &quot;Les jeunes quitteront les campagnes si rien n&#39;est fait pour r\u00e9mun\u00e9rer leur travail \u00e0 sa juste valeur&quot;.  Traor\u00e9, qui est \u00e9galement pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne du Burkina et de l&#39;Association des producteurs de coton africains, qui se battent pour une juste r\u00e9mun\u00e9ration du coton africain en d\u00e9non\u00e7ant les importantes subventions accord\u00e9es notamment aux cotonculteurs am\u00e9ricains. Le Burkina Faso est le premier producteur de coton en Afrique subsaharienne, avec quelque 600.000 tonnes par an.  Mady Dabon\u00e9, 30 ans, est probablement un de ces jeunes Burkinab\u00e9 qui sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 quitter leur pays pour \u00e9migrer vers l&#39;Europe. Sous un soleil de plomb, il attendait, tr\u00e8s t\u00f4t un matin \u00e0 la gare routi\u00e8re de Ouagadougou, l&#39;autobus qui relie quotidiennement son village Begdo, situ\u00e9 dans l&#39;est du Burkina Faso et \u00e0 220 kilom\u00e8tres de la capitale.<\/p>\n<p> Il attendait de l&#39;argent pour l&#39;obtention de son visa pour l&#39;Italie, pour laquelle des &quot;d\u00e9marcheurs officieux&quot; ont promis de l&#39;aider. Dabon\u00e9, qui n&#39;a pas eu la chance d&#39;aller \u00e0 l&#39;\u00e9cole, est obnubil\u00e9 par le voyage en Europe.<\/p>\n<p> Dans son village, plusieurs jeunes sont partis en Europe depuis longtemps et ont r\u00e9alis\u00e9 d&#39;importantes infrastructures (maisons et boutiques) au pays pour leurs parents et la collectivit\u00e9. Venu \u00e0 Ouagadougou l&#39;ann\u00e9e derni\u00e8re, \u00e0 la recherche d&#39;une meilleure situation, Dabon\u00e9, tient \u00e0 partir en Europe et r\u00eave de &quot;faire beaucoup d&#39;\u00e9conomies pour revenir se marier, construire une villa pour les parents et ouvrir une boutique&quot;.<\/p>\n<p> &quot;De toutes fa\u00e7ons, en restant ici, c&#39;est la mis\u00e8re, je pr\u00e9f\u00e8re tenter l&#39;aventure comme mes amis d&#39;enfance. J&#39;en ai une vingtaine en Italie et en Espagne. Ils ont tous r\u00e9ussi, m\u00eame s&#39;ils ont souffert au d\u00e9but&quot;, d\u00e9clare-t-il \u00e0 IPS.  Malgr\u00e9 les images t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es des drames li\u00e9s \u00e0 l&#39;immigration clandestine, beaucoup de jeunes, comme Dabon\u00e9, r\u00eavent toujours de rejoindre l&#39;Europe.  &quot;Les jeunes sont attir\u00e9s par l&#39;Europe et croient dur que c&#39;est l\u00e0-bas que se trouve le bonheur. Ils sont pr\u00eats \u00e0 d\u00e9bourser des millions, voire \u00e0 risquer leur vie pour atteindre leur but&quot;, explique \u00e0 IPS, Alidou Kon\u00e9, un chercheur en \u00e9conomie agricole \u00e0 Ouagadougou.<\/p>\n<p> Pourtant, le village de Samp\u00e9ma, situ\u00e9 dans la m\u00eame r\u00e9gion que celui de Dabon\u00e9, a \u00e9t\u00e9 endeuill\u00e9 en juillet 2006, par la mort de 11 de ses enfants en pleine mer, au large de la Sicile, dans le sud de l&#39;Italie. Ag\u00e9 de 36 ans, mari\u00e9 et p\u00e8re de quatre enfants, Seyba Diabo, qui d\u00e9sirait rejoindre l&#39;Italie, par la Libye, faisait partie des victimes.  &quot;Il voulait partir car il avait des difficult\u00e9s \u00e0 joindre les deux bouts, surtout qu&#39;il avait une famille forte de quatre personnes et aussi parce qu&#39;il avait des amis qui ont quitt\u00e9 le village pour l&#39;Europe. Il comptait travailler dans des champs de tomates en Italie&quot;, indique son fr\u00e8re Seydou Diabo. La disparition tragique de Diabo a beaucoup \u00e9mu ses concitoyens lorsque la nouvelle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par la presse locale.<\/p>\n<p> Les fili\u00e8res d&#39;immigration via la Libye pour l&#39;Italie, et via l&#39;Alg\u00e9rie et le Maroc pour l&#39;Espagne &#8212; en passant le Mali et le Niger &#8212; sont les plus utilis\u00e9es par les Burkinab\u00e9, selon une source anonyme des services de s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 Ouagadougou.<\/p>\n<p> Un candidat burkinab\u00e9 \u00e0 l&#39;immigration, qui a requis l&#39;anonymat et avait \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9 en 2004 en Libye, alors qu&#39;il visait l&#39;Italie, a expliqu\u00e9 \u00e0 IPS : &quot;Dans un premier temps, tous les candidats \u00e0 l&#39;immigration ont d\u00e9bours\u00e9 chacun 1.200 dollars. Les groupes se composaient de presque toutes les nationalit\u00e9s ouest-africaines, et on pouvait avoir une vingtaine de personnes par passeur&quot;.<\/p>\n<p> Du fait de l&#39;exode des campagnes vers les villes, &quot;Les zones d\u00e9sertifi\u00e9es du Sahel se sont vid\u00e9es au profit des r\u00e9gions c\u00f4ti\u00e8res africaines qui attirent une grande partie des migrants. Les migrations intra-r\u00e9gionales sont un relais pour l&#39;aventure vers l&#39;Europe&quot;, souligne Kon\u00e9.<\/p>\n<p> &quot;Ces jeunes ruraux, en arrivant dans les centres urbains, ont cru qu&#39;ils y allaient r\u00e9ussir facilement. Et quand ils se retrouvent confront\u00e9s \u00e0 la pauvret\u00e9, leur seule alternative est de partir pour l&#39;Europe, quel que soit le prix \u00e0 payer&quot;, estime Ibrahim Kinda, un sociologue \u00e0 Ouagadougou, citant Alfred Sauvy : &#8220;Si les richesses ne vont pas o\u00f9 sont les hommes, les hommes iront o\u00f9 sont les richesses&#8221;.<\/p>\n<p> &quot;Pour les jeunes surtout, c&#39;est dur de vivre dans leur pays parce qu&#39;il n&#39;y a pas de perspectives, et le travail se fait de plus en plus rare&quot;, confie \u00e0 IPS, Th\u00e9ophile Ou\u00e9draogo, membre de la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne du Burkina, qui participe au Forum social du Burkina.<\/p>\n<p> Pourtant, selon le minist\u00e8re de l&#39;Agriculture, &quot;Le Burkina Faso dispose d&#39;un potentiel de superficies am\u00e9nageables de plus de 500.000 hectares dont \u00e0 peine 40.000 sont effectivement am\u00e9nag\u00e9s, soit moins de 10 pour cent&quot;.<\/p>\n<p> Le gouvernement burkinab\u00e9 affirme avoir lanc\u00e9 des programmes qui offrent des opportunit\u00e9s aux jeunes ruraux dans l&#39;agriculture et des perspectives d&#39;emplois aux jeunes citadins. Par exemple, le Burkina Faso, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 \u00e9ligible au programme d&#39;aide am\u00e9ricaine du &#39;Millenium Challenge Account&#39; en novembre 2005, et recevra, en 2007, un financement d&#39;environ 500 millions de dollars.  L&#39;\u00e9conomiste Bissiri Joseph Sirima, qui dirige ce programme, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS : &quot;Nous avons effectivement fait le tour du Burkina Faso. Nous avons recens\u00e9 les priorit\u00e9s et nous avons r\u00e9dig\u00e9 un programme soutenu par des projets issus des priorit\u00e9s des populations. Et si l&#39;on veut lutter efficacement contre la pauvret\u00e9, il faut tenir compte de l&#39;agriculture&quot;.<\/p>\n<p> Par ailleurs, un projet d&#39;appui aux fili\u00e8res agricoles, sylvicoles et pastorales sera lanc\u00e9 cette ann\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 un appui financier de la Banque mondiale, d&#39;environ 60 millions de dollars. Ce projet vise \u00e0 accro\u00eetre la production et la comp\u00e9titivit\u00e9 des produits burkinab\u00e9 de ces trois secteurs sur le march\u00e9 national, sous-r\u00e9gional et international, selon le gouvernement. Il passe par le d\u00e9veloppement des performances des fili\u00e8res s\u00e9lectionn\u00e9es (s\u00e9same, oignon, mangues, ma\u00efs, ni\u00e9b\u00e9, volaille, b\u00e9tail-viande, coton), et des infrastructures d&#39;irrigation et de commercialisation.<\/p>\n<p> &quot;Les superficies des bas-fonds peuvent permettre de quadrupler les productions \u00e0 travers les 78.000 hectares dans le sud-ouest et 596.000 hectares \u00e0 l&#39;ouest. Avec de telles superficies, le Burkina Faso pourrait augmenter consid\u00e9rablement sa production et r\u00e9aliser ainsi des b\u00e9n\u00e9fices annuels additionnels estim\u00e9s \u00e0 160 millions de dollars&quot;, explique \u00e0 IPS, Martin Ou\u00e9draogo, un cadre du minist\u00e8re de l&#39;Agriculture.<\/p>\n<p> Pr\u00e8s de 80 pour cent des 13 millions de Burkinab\u00e9 vivent dans des zones rurales, et pr\u00e8s de 51 pour cent d&#39;entre eux vivent en dessous du seuil de pauvret\u00e9, avec moins d&#39;un dollar par jour, selon des estimations officielles.<\/p>\n<p> Selon l&#39;Institut national des statistiques de Burkina, le principal foyer de d\u00e9part pour l&#39;immigration est le milieu rural qui fournit 86 pour cent des migrants, et la premi\u00e8re destination est la C\u00f4te d&#39;Ivoire &#8212; avant le Gabon, l&#39;Europe et les pays du Golfe. Les 90 pour cent des immigr\u00e9s ont moins de 35 ans et sont c\u00e9libataires pour la plupart.  Pascal Ou\u00e9draogo de l&#39;organisation non gouvernementale bas\u00e9e \u00e0 Ouagadougou, &quot;Laafi&quot; (ou bien-\u00eatre en langue Moor\u00e9), qui a particip\u00e9 au dernier Forum social mondial (FSM) de Bamako en 2006 et qui sera au FSM 2007, ce mois-ci \u00e0 Nairobi, d\u00e9clare ne pas comprendre &quot;pourquoi les jeunes veulent forc\u00e9ment se tourner vers l&#39;Europe pour r\u00e9aliser leurs ambitions&quot;.  &quot;L&#39;am\u00e9lioration des conditions de vie et la diversification des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques dans les zones rurales sont des moyens d&#39;enrayer la migration vers les grandes villes et l&#39;Europe&quot;, affirme-t-il, souhaitant que &quot;l&#39;immigration des jeunes soit au centre des discussions au FSM de 2007&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Quand la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne d\u00e9cidera qu&#39;il est juste et bon que l&#39;Afrique prot\u00e8ge ses fili\u00e8res de productions agricoles pour parvenir \u00e0 la souverainet\u00e9 alimentaire, nos jeunes n&#39;auront plus besoin de quitter les campagnes&quot;, soutient Raoul Tiendr\u00e9b\u00e9ogo, militant de la Coalition des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile pour un d\u00e9veloppement durable et \u00e9quitable, bas\u00e9e \u00e0 Ouagadougou.<\/p>\n<p> Il estime \u00e9galement que le Forum social mondial de 2007 ne peut occulter la question des Accords de partenariat \u00e9conomique (APE) entre l&#39;Union europ\u00e9enne et les 79 pays d&#39;Afrique, des Cara\u00efbes et du Pacifique (ACP). Les APE sont pr\u00e9vus pour entrer en vigueur en 2008 pour \u00eatre conformes aux r\u00e8gles de l&#39;Organisation mondiale du commerce. Les APE devraient remplacer l&#39;Accord de Cotonou sign\u00e9 en 2000 au B\u00e9nin, dont les termes pr\u00e9f\u00e9rentiels sont plus avantageux pour les pays ACP.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 8 jan (IPS) &#8211; Avec le th\u00e8me &quot;Le Burkina Faso face \u00e0 la mondialisation : un autre Burkina est possible&quot;, le Forum social de ce pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest a fait de l&#39;immigration des jeunes un sujet capital.<\/p>\n","protected":false},"author":316,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,10,33,1,20,29],"tags":[],"class_list":["post-3265","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-droits-humains","category-forum-social-mondial","category-headlines","category-travail","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3265","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/316"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3265"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3265\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3265"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3265"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3265"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}