{"id":3197,"date":"2006-11-17T13:40:01","date_gmt":"2006-11-17T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/11\/17\/culture-la-nouvelle-vie-americaine-des-bantous-somaliens\/"},"modified":"2006-11-17T13:40:01","modified_gmt":"2006-11-17T13:40:01","slug":"culture-la-nouvelle-vie-americaine-des-bantous-somaliens","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/11\/17\/culture-la-nouvelle-vie-americaine-des-bantous-somaliens\/","title":{"rendered":"CULTURE: La nouvelle vie am\u00e9ricaine des Bantous somaliens"},"content":{"rendered":"<p>NEW YORK, 17 nov (IPS) &#8211; Apr\u00e8s 13 ann\u00e9es d&#39;attente frustrante, pass\u00e9es dans des conditions de plus en plus p\u00e9nibles dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s au Kenya, 13.000 Bantous somaliens ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 demander asile aux Etats-Unis. Mais leur qu\u00eate d&#39;une nouvelle terre ne fait que commencer.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Dans son documentaire intitul\u00e9 &#8220;Rain in Dry Land&#8221; (La pluie en terre aride), Anne Makepeace relate l&#39;histoire de deux familles bantoues somaliennes r\u00e9fugi\u00e9es \u00e0 Springfield, dans l&#39;Etat du Massachusetts (nord-est), et \u00e0 Atlanta, dans l&#39;Etat de G\u00e9orgie (sud-est).<\/p>\n<p>  Les Bantous ont \u00e9t\u00e9 les principales victimes de la guerre civile qui a \u00e9clat\u00e9 en 1991 en Somalie. Descendants d&#39;esclaves arrach\u00e9s \u00e0 leurs terres d&#39;Afrique australe par des marchands arabes il y a deux si\u00e8cles, les Bantous en Somalie ont \u00e9t\u00e9 victimes de pers\u00e9cutions et de discriminations, priv\u00e9s d&#39;\u00e9ducation et de terres.<\/p>\n<p> &#8220;Nous \u00e9tions trait\u00e9s comme des b\u00eates de somme&#8221;, explique dans ce film, Aden, le p\u00e8re de famille bantoue install\u00e9e \u00e0 Springfield.<\/p>\n<p> Le film fait parler les Bantous du camp des r\u00e9fugi\u00e9s au Kenya et qui suivent maintenant avec attention les cours &#8220;d&#39;orientation culturelle&#8221; parrain\u00e9s par le d\u00e9partement d&#39;Etat am\u00e9ricain, pendant lesquels leurs ma\u00eetres les familiarisent aux gratte-ciel, \u00e0 la restauration rapide, aux vols transatlantiques et aux billets de 100 dollars.   Les hommes \u00e9taient notamment surpris d&#39;apprendre &#8220;qu&#39;aux Etats-Unis, toute relation sexuelle forc\u00e9e est consid\u00e9r\u00e9e comme un viol, m\u00eame dans un mariage&#8221;. Bien qu&#39;ils n&#39;aient jamais appris \u00e0 \u00e9crire en somalien ou en swahili, ces r\u00e9fugi\u00e9s se sont lanc\u00e9s dans l&#39;apprentissage de l&#39;anglais et fredonnent des chansons sur les Etats-Unis.<\/p>\n<p> Depuis 15 ans, la Somalie n&#39;a pas de gouvernement central, et le pays est d\u00e9crit comme une &#8220;anarchie capitaliste&#8221;, le commerce y ayant repris. Mais il est toujours en proie aux affrontements entre chefs de guerre.  En juin, l&#39;Union des tribunaux islamiques a pris le contr\u00f4le de la capitale, Mogadiscio, et y instaurant la sharia (la loi islamique). Les appels au jihad (la guerre sainte) font craindre \u00e0 ses voisins l&#39;Ethiopie et l&#39;Erythr\u00e9e que le conflit ne s&#39;\u00e9tende \u00e0 toute la r\u00e9gion.<\/p>\n<p> En ces temps de crise, les r\u00e9fugi\u00e9s Bantous ne veulent plus retourner en Somalie &#8212; qui ne veut pas d&#39;eux &#8212; ni sur leurs terres ancestrales en Tanzanie et au Mozambique. Les autorit\u00e9s kenyanes ont indiqu\u00e9 qu&#39;elles ne pouvaient accueillir ind\u00e9finiment ce flot de r\u00e9fugi\u00e9s arriv\u00e9s seulement au cours des derniers mois.<\/p>\n<p> Les Etats-Unis ont accept\u00e9 d&#39;accueillir 13.000 r\u00e9fugi\u00e9s Bantous et de les r\u00e9partir dans des villes o\u00f9 le co\u00fbt de la vie n&#39;est pas trop \u00e9lev\u00e9 et o\u00f9 des opportunit\u00e9s d&#39;emploi sont encore facilement accessibles.<\/p>\n<p> Cette d\u00e9cision n&#39;a pas fait que des heureux. Le s\u00e9nateur du Kansas, Sam Brownback, qui avait dans le pass\u00e9 accueilli des vagues de r\u00e9fugi\u00e9s venus du Soudan ou de l&#39;ex-Yougoslavie, a d\u00e9clar\u00e9 que les Bantous ne pourraient pas bien travailler au Kansas. Des menaces racistes de skinheads et des manifestations d&#39;autres groupes oppos\u00e9s \u00e0 leur venue, ont tent\u00e9 de faire envoyer les familles bantoues dans deux autres villes.<\/p>\n<p> Leur arriv\u00e9e a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9e en raison des nouvelles mesures de s\u00e9curit\u00e9 prises apr\u00e8s les attentats du 11 septembre 2001 et des questions soulev\u00e9es sur les pratiques d&#39;excision des femmes. Pendant ce temps, dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s kenyans, les vols et les viols \u00e9taient courants et la mortalit\u00e9 infantile ne cessait d&#39;augmenter.<\/p>\n<p> Le film de Makepeace suit les Bantous des Etats-Unis depuis leur arriv\u00e9e sur le territoire en 2004. A Springfield, Aden, sa femme Madina et leurs sept enfants d\u00e9couvrent pour la premi\u00e8re fois l&#39;utilisation de poubelles et rient de voir le souffle de leur respiration dans la froideur de l&#39;hiver. A Atlanta, Arbai et ses quatre enfants d\u00e9couvrent les escaliers et s&#39;agrippent \u00e0 la rampe comme s&#39;ils \u00e9taient pris de vertige.  &#8220;La nuit derni\u00e8re, nous avons dormi pour la premi\u00e8re fois dans des lits&#8221;, explique Arbai, mangeant des toasts grill\u00e9s pour son premier petit d\u00e9jeuner sur le continent am\u00e9ricain. &#8220;C&#39;est pour cette raison que le soleil s&#39;est lev\u00e9 avant notre r\u00e9veil&#8221;.<\/p>\n<p> A partir de cet instant, les Bantous ont six mois pour d\u00e9crocher un emploi et subvenir \u00e0 leurs besoins avant que le gouvernement am\u00e9ricain cesse de leur accorder une aide. Les enfants sont inscrits \u00e0 l&#39;\u00e9cole publique, alors qu&#39;ils parlent \u00e0 peine anglais.<\/p>\n<p> Aden, un homme fort et fier, est vite d\u00e9sempar\u00e9 lorsqu&#39;il s&#39;agit de payer le loyer et les factures. Comme la plupart des Bantous, il est habitu\u00e9 au travail de la ferme. Et il perd rapidement patience lorsqu&#39;il ne parvient pas \u00e0 ouvrir la protection pour enfants qui recouvre le bouchon d&#39;un m\u00e9dicament en bouteille.<\/p>\n<p> Sa femme Madina, d\u00e9prim\u00e9e et profond\u00e9ment marqu\u00e9e, est assise sur le divan, le laissant prodiguer les soins aux enfants. &#8220;Durant toute la nuit enti\u00e8re, mon esprit errait dans le pass\u00e9. Comment pourrais-je oublier avoir vu ma m\u00e8re se faire tuer&#8221;, se demande-t-elle. &#8220;Cela me poursuivra jusqu&#39;\u00e0 la mort&#8221;.<\/p>\n<p> Selon les r\u00e8gles des services sociaux am\u00e9ricains, Madina devra trouver un travail aussit\u00f4t que son plus jeune fils aura atteint l&#39;\u00e2ge de deux ans. Comme elle ne veut pas le confier \u00e0 une garderie, elle demande \u00e0 Aden s&#39;ils devaient commencer \u00e0 voler pour s&#39;en sortir. Mais au lieu de cela, elle tombe enceinte de son huiti\u00e8me enfant, afin de pouvoir continuer \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d&#39;une aide.<\/p>\n<p> A Atlanta, Arbai tente de trouver un emploi comme porti\u00e8re. Elle a des difficult\u00e9s \u00e0 manier le balai \u00e0 r\u00e9curer le sol, mais elle est pleine de bonne volont\u00e9. Sahara, sa fille de 13 ans, estime que la notion am\u00e9ricaine de &#8220;libert\u00e9&#8221; est une excuse pour mal se comporter. Elle a vite fait connaissance avec les troubles disciplinaires r\u00e9currents \u00e0 l&#39;\u00e9cole.<\/p>\n<p> &#8220;Nous devons nous adapter \u00e0 la culture am\u00e9ricaine. Je n&#39;ai pas besoin de ma culture ici&#8221;, d\u00e9clare Sahara.<\/p>\n<p> Mais 18 mois apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, les deux familles commencent petit \u00e0 petit \u00e0 prendre pieds dans leur nouveau pays. Aden a trouv\u00e9 un emploi comme jardinier et charpentier. La famille a emm\u00e9nag\u00e9 dans une habitation sociale, ce qui a permis de baisser le loyer de 165 dollars par mois (129 euros), alors qu&#39;ils payaient auparavant 750 dollars 586 euros). Ils mangent toujours la m\u00eame semoule jaune qu&#39;ils recevaient dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s, mais Madina a retrouv\u00e9 le sourire.<\/p>\n<p> A Atlanta, les progr\u00e8s de Sahara \u00e0 l&#39;\u00e9cole impressionnent son professeur. Son a\u00een\u00e9e Khadija a \u00e9pous\u00e9 Abdirahman, un jeune Bantou qui lui a fait la cour selon la tradition. Arbai a \u00e9galement appris de bonnes nouvelles : deux de ses filles dont elle pensait qu&#39;elles avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es il y a 14 ans pendant la guerre, sont en vie en Somalie, et elle est grand-m\u00e8re actuellement.  Le film &#8220;Rain in Dry Land&#8221; dresse le portrait intimiste et la vie de ces &quot;Bantous am\u00e9ricains&quot;. Sans concession, il r\u00e9v\u00e8le leur beaut\u00e9 et leur facult\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9ration, et illustrant les soins particuliers dont ont besoin ces nouveaux arrivants, avec clart\u00e9 et compassion.  Le documentaire est projet\u00e9 ce mois-ci au Mus\u00e9e naturel d&#39;histoire naturel am\u00e9ricain de New York et sera \u00e9galement \u00e0 l&#39;affiche de diff\u00e9rents festivals internationaux. Il sera \u00e9galement diffus\u00e9 en 2007 en premi\u00e8re diffusion par le service t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 public am\u00e9ricain &#39;P.O.V.&#39; ainsi que sur &#39;CBC News World&#39; au Canada.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NEW YORK, 17 nov (IPS) &#8211; Apr\u00e8s 13 ann\u00e9es d&#39;attente frustrante, pass\u00e9es dans des conditions de plus en plus p\u00e9nibles dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s au Kenya, 13.000 Bantous somaliens ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 demander asile aux Etats-Unis. 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