{"id":2328,"date":"2004-11-16T13:40:01","date_gmt":"2004-11-16T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/11\/16\/sante-niger-les-hommes-ne-sont-plus-indifferents-a-la-fistule\/"},"modified":"2004-11-16T13:40:01","modified_gmt":"2004-11-16T13:40:01","slug":"sante-niger-les-hommes-ne-sont-plus-indifferents-a-la-fistule","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/11\/16\/sante-niger-les-hommes-ne-sont-plus-indifferents-a-la-fistule\/","title":{"rendered":"SANTE-NIGER: Les hommes ne sont plus indiff\u00e9rents \u00e0 la fistule"},"content":{"rendered":"<p>NIAMEY, 16 nov (IPS) &#8211; L&#39;amertume se lit sur le visage de Mamoudou Seybou \u00e0 la seule \u00e9vocation du mot &#39;fistule&#39;. A l&#39;origine de cette d\u00e9ception, une de ses filles, Sakina, qui se trouve dans un centre hospitalier de Niamey, la capitale du Niger, \u00e0 cause de cette maladie handicapante.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n &quot;Sakina a eu des complications lors de son premier accouchement et n&#39;arrivait plus \u00e0 contenir ses urines. Comme elle mettait du temps \u00e0 se remettre de son mal, son mari l&#39;a finalement abandonn\u00e9e \u00e0 son sort&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Seybou, visiblement g\u00ean\u00e9 de relater l&#39;histoire de sa fille \u00e0 IPS, la semaine derni\u00e8re.  &quot;J&#39;ai d\u00e9cid\u00e9 de la donner en mariage tr\u00e8s t\u00f4t, de crainte qu&#39;elle ne contracte une grossesse hors mariage, comme c&#39;est fr\u00e9quent de nos jours. Je croyais agir pour son bien. Mais je me suis rendu compte, sur le tard, que j&#39;ai g\u00e2ch\u00e9 sa vie. Je me sens responsable de ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Sakina et je ne souhaite \u00e0 aucun parent une telle d\u00e9ception&quot;, regrette Seybou.<\/p>\n<p> Cette prise de conscience est tardive, mais elle a d\u00e9cid\u00e9 Seybou, un habitant de Torodi, une localit\u00e9 situ\u00e9e \u00e0 environ 50 kilom\u00e8tres de Niamey, \u00e0 se battre d\u00e9sormais aux c\u00f4t\u00e9s de ceux qui m\u00e8nent le combat pour l&#39;\u00e9radication de la fistule obst\u00e9tricale au Niger.  La fistule est une maladie provoqu\u00e9e par un canal d&#39;origine accidentelle par o\u00f9 s&#39;\u00e9coulent des urines ou des mati\u00e8res f\u00e9cales, rendant la victime repoussante \u00e0 cause des odeurs d\u00e9sagr\u00e9ables. Elle survient d&#39;ordinaire quand une femme jeune et pauvre souffre de douleurs \u00e0 l&#39;accouchement et n&#39;a pas acc\u00e8s \u00e0 la c\u00e9sarienne.<\/p>\n<p> La fistule est une maladie courante au Niger, notamment en milieu rural, du fait de la persistance d&#39;un certain nombre de pratiques traditionnelles n\u00e9fastes \u00e0 la sant\u00e9 de la reproduction et du faible taux de la couverture sanitaire du pays (42 pour cent).<\/p>\n<p> En de ces pratiques, figure le mariage pr\u00e9coce des filles, qui est un ph\u00e9nom\u00e8ne largement r\u00e9pandu dans ce pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest dont quelque 90 pour cent de la population est musulmane. Selon les diff\u00e9rentes enqu\u00eates sur le sujet, l&#39;\u00e2ge moyen de mariage de la femme au Niger est de 13 ans. Et la premi\u00e8re grossesse survient g\u00e9n\u00e9ralement avant sa 19\u00e8me ann\u00e9e.<\/p>\n<p> Cette pr\u00e9cocit\u00e9 du mariage et de la maternit\u00e9 est \u00e0 l&#39;origine de la fr\u00e9quence exceptionnelle de la fistule au Niger, selon des m\u00e9decins gyn\u00e9cologues.<\/p>\n<p> Devant ce constat, les diff\u00e9rents groupes, qui luttent pour l&#39;\u00e9radication du ph\u00e9nom\u00e8ne, ont d\u00e9cid\u00e9 de mener \u00e9galement la sensibilisation en direction des hommes qui sont, du reste, les principaux acteurs dans la persistance du fl\u00e9au.<\/p>\n<p> Ainsi, un Forum national sur le mariage pr\u00e9coce au Niger avait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 en janvier 2002, \u00e0 Maradi, une ville situ\u00e9e \u00e0 environ 600 km \u00e0 l&#39;est de Niamey, par l&#39;Association des chefs traditionnels du Niger (ACTN), avec l&#39;appui du gouvernement et du Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance (UNICEF).<\/p>\n<p> &quot;Au sortir de ce forum, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de mener des campagnes de sensibilisation au niveau de tous nos villages, en mettant \u00e0 contribution nos canaux traditionnels de diffusion de messages, qui sont, entre autres, les notables de nos cours, les marabouts, les griots, les chefs forgerons, les chefs coiffeurs, les chefs bouchers&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS, Amirou Alhassane Albad\u00e9, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral adjoint de l&#39;ACTN, bas\u00e9 \u00e0 Niamey.<\/p>\n<p> Selon Ibrahim Cheik Diop, un consultant au bureau de l&#39;UNICEF \u00e0 Niamey, interrog\u00e9 par IPS, &quot;ces campagnes de sensibilisation, qui se font \u00e9galement avec des animateurs relais form\u00e9s par l&#39;UNICEF et mis \u00e0 la disposition des chefs traditionnels, \u00e9loignent de plus en plus les populations de la pratique&quot;.<\/p>\n<p> &quot;C&#39;est la pauvret\u00e9 et l&#39;ignorance qui nous poussaient \u00e0 marier nos filles pr\u00e9cocement. Mais comme nous savons d\u00e9sormais les risques auxquels nous les exposons \u00e0 travers cette pratique, nous ne pouvons plus nous permettre d&#39;hypoth\u00e9quer leur vie&quot;, a dit \u00e0 IPS, un p\u00e8re de famille de Libor\u00e9, un village de la p\u00e9riph\u00e9rie de la capitale.<\/p>\n<p> Rencontr\u00e9 au Centre d&#39;accueil pour les femmes fistuleuses, inaugur\u00e9 r\u00e9cemment \u00e0 Niamey, Issoufou Boub\u00e9 a confi\u00e9 \u00e0 IPS qu&#39;il regrettait la situation dans laquelle se trouve sa femme par sa faute. &quot;Je me sens en partie responsable de la fistule de ma femme. Je n&#39;aurais pas d\u00fb accepter de vivre avec elle avant qu&#39;elle n&#39;atteigne sa majorit\u00e9. Mais vous savez que dans nos soci\u00e9t\u00e9s, il est difficile de se marier et laisser sa femme chez ses parents. Ils la consid\u00e8rent comme une charge inutile d\u00e8s l&#39;instant o\u00f9 elle a un mari&quot;.<\/p>\n<p> L&#39;abandon du mariage pr\u00e9coce par les communaut\u00e9s pr\u00e9serve de la fistule, mais il permet \u00e9galement de maintenir les filles \u00e0 l&#39;\u00e9cole, notamment dans les r\u00e9gions o\u00f9 la pratique \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e, comme Maradi, mais aussi Zinder, une ville situ\u00e9e \u00e0 environ 900 km \u00e0 l&#39;est de Niamey.<\/p>\n<p> &quot;Gr\u00e2ce aux actions de sensibilisation sur les cons\u00e9quences du mariage pr\u00e9coce, les parents inscrivent les filles \u00e0 l&#39;\u00e9cole et les laissent de plus en plus poursuivre leur scolarit\u00e9. Aujourd&#39;hui, dans toutes les \u00e9coles primaires de ces r\u00e9gions, on est parvenu \u00e0 faire presque la parit\u00e9 dans les classes&quot;, affirme Albad\u00e9.  La r\u00e9gion de Zinder, par exemple, enregistre le taux de scolarisation primaire le plus faible du pays. De 25,60 pour cent en 2000, ce taux est pass\u00e9 \u00e0 29,30 pour cent en 2003. Il est de 53,68 pour cent \u00e0 Agadez (\u00e0 environ 1.000 km au nord de la capitale), et de 98,08 pour cent \u00e0 Niamey.  Selon le minist\u00e8re de l&#39;Enseignement de base, le taux brut national de scolarisation primaire, en 2003, est de 50,1 pour cent pour les gar\u00e7ons contre 33,3 pour cent pour les filles, soit une moyenne de 41,7 pour cent.  En revanche, Albad\u00e9 d\u00e9plore l&#39;insuffisance des structures pouvant permettre aux filles de poursuivre les \u00e9tudes d\u00e8s qu&#39;elles franchissent le cap du primaire.  &quot;Les filles sont expos\u00e9es lorsqu&#39;elles quittent le village pour le centre urbain pour la poursuite des \u00e9tudes secondaires. Elles sont g\u00e9n\u00e9ralement h\u00e9berg\u00e9es par des tuteurs qui ne s&#39;occupent pas toujours d&#39;elles correctement. C&#39;est pour cela que certains parents suspendent la scolarit\u00e9 de leurs filles, une fois qu&#39;elles sont admises au coll\u00e8ge&quot;, explique Albad\u00e9 qui souhaite la cr\u00e9ation d&#39;internats dans certaines r\u00e9gions du pays, pour r\u00e9sorber ce probl\u00e8me.<\/p>\n<p> Mais malgr\u00e9 ces avanc\u00e9es notables, il existe encore des poches de r\u00e9sistance dans certaines contr\u00e9es du Niger, o\u00f9 &quot;des marabouts r\u00e9trogrades continuent \u00e0 exercer une influence n\u00e9faste sur les populations, sous le couvert de la religion&quot;, affirme \u00e0 IPS, Moussa Abdou, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#39;ONG &#39;Sant\u00e9 de la reproduction pour une maternit\u00e9 sans risque (SRMSR-DIMOL)&#39;, bas\u00e9e \u00e0 Niamey.<\/p>\n<p> Interrog\u00e9 par IPS, l&#39;islamologue Ckeikh Boure\u00efma Daouda a d\u00e9clar\u00e9 : &quot;L&#39;islam n&#39;incite pas, comme le laissent entendre certains, au mariage pr\u00e9coce &#8211; le terme n&#39;existe pas dans les sources islamiques. Il n&#39;a pas non plus recommand\u00e9 le mariage des filles avant la pubert\u00e9&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Cependant, si un mariage avant la pubert\u00e9 est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 selon les piliers du mariage en islam, le mariage demeure valide. Quant au d\u00e9marrage de la vie conjugale, cela est laiss\u00e9 au choix des parents de la fille&quot;, ajoute-t-il.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NIAMEY, 16 nov (IPS) &#8211; L&#39;amertume se lit sur le visage de Mamoudou Seybou \u00e0 la seule \u00e9vocation du mot &#39;fistule&#39;. 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