{"id":2131,"date":"2004-06-09T13:40:01","date_gmt":"2004-06-09T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/06\/09\/politique-afrique-le-tchad-revise-sa-constitution-le-benin-sera-t-il-leprochain-analyse\/"},"modified":"2004-06-09T13:40:01","modified_gmt":"2004-06-09T13:40:01","slug":"politique-afrique-le-tchad-revise-sa-constitution-le-benin-sera-t-il-leprochain-analyse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/06\/09\/politique-afrique-le-tchad-revise-sa-constitution-le-benin-sera-t-il-leprochain-analyse\/","title":{"rendered":"POLITIQUE-AFRIQUE: Le Tchad r\u00e9vise sa constitution, le B\u00e9nin sera-t-il leprochain? &#8211; Analyse &#8211;"},"content":{"rendered":"<p>COTONOU, 9 juin (IPS) &#8211; La constitution du Tchad a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e par l&#39;Assembl\u00e9e nationale pour permettre au pr\u00e9sident Idriss D\u00e9by de briguer un troisi\u00e8me mandat de cinq ans \u00e0 la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2006 et ind\u00e9finiment, peut-\u00eatre, la limitation \u00e0 deux &#8211; du nombre de mandats ayant \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Les 110 d\u00e9put\u00e9s du Mouvement patriotique du salut (MPS), parti au pouvoir au Tchad, soutenus par 13 autres d\u00e9put\u00e9s de petits partis, ont adopt\u00e9 \u00e0 main lev\u00e9e, le 26 mai, le texte de la r\u00e9vision constitutionnelle, avec 123 voix favorables sur les 155 d\u00e9put\u00e9s du parlement tchadien. La r\u00e9vision a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e pratiquement sans d\u00e9bat apr\u00e8s le d\u00e9part de la trentaine de d\u00e9put\u00e9s de l&#39;opposition qui protestaient ainsi contre la violation, selon eux, du r\u00e8glement du parlement.   M\u00eame si le texte sera soumis encore \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum pour une adoption d\u00e9finitive, les r\u00e9sultats semblent d\u00e9j\u00e0 acquis en faveur du &quot;oui&quot;, ce qui am\u00e8ne les observateurs \u00e0 affirmer qu&#39;avec le vote majoritaire des d\u00e9put\u00e9s, D\u00e9by peut se maintenir au pouvoir. Cette affirmation confirme l&#39;id\u00e9e selon laquelle un pr\u00e9sident africain ne fait pas modifier la constitution de son pays pour perdre des \u00e9lections.  Le ministre fran\u00e7ais d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la Coop\u00e9ration, Xavier Darcos, qui rendait une visite au pr\u00e9sident \u00e0 N&#39;Djamena, la capitale tchadienne, 48 heures apr\u00e8s le vote des d\u00e9put\u00e9s, avait d\u00e9clar\u00e9, \u00e0 la radio nationale, que la France soutenait l&#39;adoption de la r\u00e9vision constitutionnelle par le parlement du Tchad.  Ce soutien fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 par des partis d&#39;opposition tchadiens.<\/p>\n<p>Le Front national du Tchad r\u00e9nov\u00e9 (FNTR) consid\u00e8re ce soutien comme &quot;le soutien \u00e0 une pr\u00e9sidence \u00e0 vie&quot; de la part de la droite fran\u00e7aise &quot;qui consid\u00e8re que la d\u00e9mocratie est un luxe pour l&#39;Afrique francophone, au moment o\u00f9 l&#39;Afrique anglophone se stabilise et bouge vers le d\u00e9veloppement&quot;.  Le vote des d\u00e9put\u00e9s tchadiens pourrait revigorer les partisans de la r\u00e9vision constitutionnelle au B\u00e9nin o\u00f9, pour l&#39;instant, le d\u00e9bat n&#39;est pas encore officiel puisque, selon le d\u00e9put\u00e9 Bernard Davo, membre de la mouvance pr\u00e9sidentielle, aucun projet de loi de modification n&#39;est encore parvenu au parlement. Mais, le d\u00e9bat fait rage par m\u00e9dias interpos\u00e9s depuis un an. Il existe actuellement, dans le pays, le camp des r\u00e9visionnistes et celui des anti-r\u00e9visionnistes.<\/p>\n<p> Quelques chefs de petits partis politiques ont m\u00eame constitu\u00e9 un Noyau dur pour la r\u00e9vision de la constitution (NDRC) qui bat campagne depuis des mois \u00e0 travers les m\u00e9dias, affirmant que &quot;seule la r\u00e9vision de la constitution permettra de pr\u00e9server, dans notre pays, la paix, les libert\u00e9s, l&#39;unit\u00e9 nationale et surtout la stabilit\u00e9&quot;. Et les animateurs du NDRC ajoutent qu&#39;ils souhaiteraient, dans tous les cas, une r\u00e9vision de la constitution &quot;autour du pr\u00e9sident Mathieu K\u00e9r\u00e9kou&quot;.<\/p>\n<p> Mais les anti-r\u00e9visionnistes r\u00e9torquent que &quot;ce n&#39;est pas en voulant forcer et tordre le coup aux lois et \u00e0 la constitution que l&#39;on pourrait garantir la paix et la stabilit\u00e9 dans un pays&quot;. Ils accusent les politiciens r\u00e9visionnistes, dont les partis ne sont m\u00eame pas repr\u00e9sent\u00e9s au parlement, de vouloir faire maintenir le pr\u00e9sident K\u00e9r\u00e9kou au pouvoir pour leurs propres int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels. Et les anti-r\u00e9visionnistes ajoutent : &quot;Si nous r\u00e9visons la constitution pour cr\u00e9er un premier pr\u00e9sident \u00e0 vie, tous les futurs pr\u00e9sidents du B\u00e9nin le seront \u00e0 vie \u00e9galement&quot;.  Roger Gg\u00e9gnonvi, professeur de lettres \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 d&#39;Abomey-Calavi, \u00e0 15 kilom\u00e8tres de Cotonou, appelle, dans une chronique parue le 1er juin dans le quotidien priv\u00e9 &#39;La Nouvelle Tribune&#39;, le &quot;peuple b\u00e9ninois \u00e0 se dresser comme un seul homme contre la r\u00e9vision alimentaire de sa constitution&quot;.         L&#39;histoire politique du Tchad et du B\u00e9nin n&#39;est pas pareille. Le seul point commun entre les deux pays est que le second et dernier mandat constitutionnel de leur pr\u00e9sident au pouvoir arrive \u00e0 terme en 2006. Les pr\u00e9sidents K\u00e9r\u00e9kou et D\u00e9by ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus la premi\u00e8re fois respectivement au B\u00e9nin et au Tchad en 1996 et r\u00e9\u00e9lus en 2001.  Peu apr\u00e8s l&#39;ind\u00e9pendance en 1960, les Tchadiens ont plong\u00e9 leur pays dans une longue guerre civile qui a connu une accalmie relative en 1990, avec notamment l&#39;arriv\u00e9e au pouvoir de D\u00e9by en d\u00e9cembre 1990 par un coup d&#39;Etat.<\/p>\n<p>Depuis 1996, le Tchad s&#39;est engag\u00e9 dans un processus d\u00e9mocratique, m\u00eame si des mouvements rebelles existent encore dans le nord du pays.  L&#39;histoire politique du B\u00e9nin a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e, apr\u00e8s l&#39;ind\u00e9pendance, en 1960, par une s\u00e9rie de coups d&#39;Etat dont le dernier, en 1972, a institu\u00e9 un r\u00e9gime marxiste-l\u00e9niniste dont la gestion a conduit le pays \u00e0 la faillite \u00e9conomique et \u00e0 la banqueroute. Un \u00e9chec qui a oblig\u00e9 le r\u00e9gime \u00e0 organiser une Conf\u00e9rence nationale en f\u00e9vrier 1990 pour une ouverture politique en douceur, fond\u00e9e sur les libert\u00e9s fondamentales et le multipartisme.  Cette rencontre a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 la constitution actuelle adopt\u00e9e par le peuple en d\u00e9cembre 1990, qui limite l&#39;exercice du pouvoir pr\u00e9sidentiel \u00e0 deux mandats de cinq ans chacun. Elle limite \u00e9galement \u00e0 70 ans l&#39;\u00e2ge maximum pour \u00eatre candidat \u00e0 l&#39;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Le pr\u00e9sident K\u00e9r\u00e9kou aura 73 ans en 2006.<\/p>\n<p> Par ailleurs, jaloux de leur libert\u00e9 de parole, les d\u00e9put\u00e9s b\u00e9ninois, toutes tendances politiques confondues, n&#39;accepteront jamais de se faire imposer un vote \u00e0 main lev\u00e9e pour adopter un texte aussi fondamental que la r\u00e9vision de la constitution.  Selon Victor Topanou, professeur de droit \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 d&#39;Abomey-Calavi, &quot;Un pr\u00e9sident, qui n&#39;a pu r\u00e9aliser ses ambitions pour le pays en dix ans, ne saurait les r\u00e9aliser en quinze ans, voire plus. Ce faisant, il serait sage de laisser sa place \u00e0 une nouvelle \u00e9quipe plus inspir\u00e9e et mieux aguerrie&quot;.<\/p>\n<p> Pour Mo\u00efse Bossou, professeur de droit dans la m\u00eame universit\u00e9 b\u00e9ninoise, &quot;Le d\u00e9bat actuel sur la r\u00e9vision de la constitution est\u00e0 un faux d\u00e9bat dont l&#39;objectif est de remplacer la R\u00e9publique pr\u00e9sidentielle d\u00e9mocratique &#8211; dont le fondement est l&#39;alternance au pouvoir &#8211; par une pr\u00e9sidence \u00e0 vie&quot;.<\/p>\n<p> Les deux enseignants juristes, Topanou et Bossou, estiment, dans deux articles publi\u00e9s respectivement le 7 avril et le 18 mai, dans le quotidien priv\u00e9 b\u00e9ninois &#39;Le Matinal&#39;, que &quot;ce serait un retour de quatorze ans en arri\u00e8re dont le B\u00e9nin n&#39;a nul besoin&quot;. Et Bossou ajoute : &quot;Il est temps que notre pays avance&quot;.    Selon des observateurs, c&#39;est l&#39;exploitation du p\u00e9trole tchadien qui a fait changer d&#39;avis \u00e0 D\u00e9by pour exiger une r\u00e9vision de la constitution pour se maintenir au pouvoir en violant la parole donn\u00e9e apr\u00e8s avoir promis, \u00e0 la campagne \u00e9lectorale de 2001, de ne plus se repr\u00e9senter en 2006.  &quot;La France a besoin de croissance \u00e9conomique. Son ministre de la Coop\u00e9ration est donc all\u00e9 b\u00e9nir la piraterie constitutionnelle&#8230; au Tchad.<\/p>\n<p>C&#39;est une constante de la politique africaine de la France que de se ranger du c\u00f4t\u00e9 des pirates. Soyons donc sur nos gardes au B\u00e9nin&quot;, affirme Gb\u00e9gnonvi.<\/p>\n<p> Mais le B\u00e9nin n&#39;a pas du p\u00e9trole; au contraire, son \u00e9conomie ne cesse de se d\u00e9t\u00e9riorer et ce n&#39;est pas une r\u00e9vision constitutionnelle qui y changerait quelque chose, soulignent les anti-r\u00e9visionnistes qui invitent les d\u00e9put\u00e9s b\u00e9ninois \u00e0 &quot;rejeter librement et courageusement, m\u00eame face \u00e0 de l&#39;argent&quot;, tout projet de modification de la constitution. Comme l&#39;avaient fait, en 2002, leurs coll\u00e8gues du Malawi, emp\u00eachant ainsi le pr\u00e9sident Bakili Muluzi de briguer un troisi\u00e8me mandat en 2004.  &quot;Le B\u00e9nin n&#39;a pas de p\u00e9trole &#8211; voire! &#8211; Mais pour de multiples raisons que l&#39;on imagine ais\u00e9ment, et parce que la d\u00e9mocratie b\u00e9ninoise, quoique balbutiante, d\u00e9range \u00e9norm\u00e9ment, la France et ses alli\u00e9s pourraient pousser le B\u00e9nin \u00e0 une crapuleuse r\u00e9vision de la constitution&#8230;&quot;, estime Gb\u00e9gnonvi.    Une bonne partie de l&#39;opinion b\u00e9ninoise pense, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, que le pr\u00e9sident Jacques Chirac soutient plus ou moins ouvertement les r\u00e9visions opportunistes des constitutions dans plusieurs pays francophones d&#39;Afrique.  Le pr\u00e9sident du Togo, Gnassigb\u00e9 Eyadema, au pouvoir depuis une quarantaine d&#39;ann\u00e9es, l&#39;a fait pour se repr\u00e9senter en 2003 alors qu&#39;il avait promis personnellement au pr\u00e9sident fran\u00e7ais un an auparavant, qu&#39;il se retirait du pouvoir \u00e0 la fin de son second et dernier mandat constitutionnel. Mais, Chirac n&#39;a rien dit, il s&#39;est m\u00eame pr\u00e9cipit\u00e9 pour le f\u00e9liciter apr\u00e8s sa r\u00e9\u00e9lection contest\u00e9e en juin 2003.  Chirac avait lui-m\u00eame d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 alors qu&#39;il \u00e9tait encore maire de Paris, que la &quot;d\u00e9mocratie est un luxe pour les Africains&quot;. C&#39;\u00e9tait au moment m\u00eame o\u00f9 plusieurs pays africains francophones organisaient des &quot;conf\u00e9rences nationales&quot; pour sortir en douceur des anciens r\u00e9gimes de dictature et de parti unique.  Les pr\u00e9sidents Omar Bongo du Gabon et Lansana Cont\u00e9 de Guin\u00e9e ont d\u00e9j\u00e0 modifi\u00e9 leur constitution pour briguer un troisi\u00e8me mandat. En le faisant, ils sont tous quasiment certains d&#39;\u00eatre r\u00e9\u00e9lus dans la mesure o\u00f9 leurs partisans, qui veulent profiter de leur maintien au pouvoir, mettraient en \u0153uvre toute une technologie de fraude \u00e9lectorale pour assurer leur victoire, une pratique courante en Afrique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>COTONOU, 9 juin (IPS) &#8211; La constitution du Tchad a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e par l&#39;Assembl\u00e9e nationale pour permettre au pr\u00e9sident Idriss D\u00e9by de briguer un troisi\u00e8me mandat de cinq ans \u00e0 la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2006 et ind\u00e9finiment, peut-\u00eatre, la&hellip; <a href=\"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/06\/09\/politique-afrique-le-tchad-revise-sa-constitution-le-benin-sera-t-il-leprochain-analyse\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":201,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,1,7],"tags":[],"class_list":["post-2131","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-headlines","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2131","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/201"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2131"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2131\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}