{"id":1324,"date":"2002-09-24T13:40:01","date_gmt":"2002-09-24T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2002\/09\/24\/droits-cote-divoire-lexcision-toujours-en-vogue-malgre-son-interdiction\/"},"modified":"2002-09-24T13:40:01","modified_gmt":"2002-09-24T13:40:01","slug":"droits-cote-divoire-lexcision-toujours-en-vogue-malgre-son-interdiction","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2002\/09\/24\/droits-cote-divoire-lexcision-toujours-en-vogue-malgre-son-interdiction\/","title":{"rendered":"DROITS-COTE D&#39;IVOIRE: L&#39;excision toujours en vogue malgr\u00e9 son interdiction"},"content":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 24 sept (IPS) &#8211; Le petit et beau village de Gbangb\u00e9gouin\u00e9, perdu dans les montagnes de l&#39;extr\u00eame ouest de la C\u00f4te d&#39;Ivoire (\u00e0 630 kilom\u00e8tres d&#39;Abidjan), s&#39;est r\u00e9veill\u00e9 le 1er septembre avec les pleurs d&#39;une femme en d\u00e9tresse.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Une villageoise d&#39;une cinquantaine d&#39;ann\u00e9es, Marie Gueu qui pleure en public parce qu&#39;elle n&#39;a pas les moyens mat\u00e9riels n\u00e9cessaires \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de l&#39;excision de sa derni\u00e8re fille de 14 ans, Fid\u00e8le. Pourtant une loi interdit l&#39;excision dans le pays.  Depuis une semaine, le village \u00e9tait en f\u00eate \u00e0 l&#39;occasion de l&#39;excision d&#39;une dizaine de fillettes \u00e2g\u00e9es de quatre \u00e0 15 ans. En pays Dan (peuple de l&#39;ouest de C\u00f4te d&#39;Ivoire), l&#39;excision est une \u00e9tape de la vie durant laquelle les parents exhibent l&#39;ensemble de leurs biens. La f\u00eate se situe g\u00e9n\u00e9ralement au d\u00e9but de la r\u00e9colte du riz, premi\u00e8re denr\u00e9e alimentaire de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p> &quot;C&#39;est aussi le moment des retrouvailles entre les fils et filles de la r\u00e9gion. Quel que soit notre lieu d&#39;habitation, nous devons faire l&#39;effort d&#39;\u00eatre l\u00e0&quot;, explique Agathe Kpan, secr\u00e9taire de direction au Service des march\u00e9s publics \u00e0 Abidjan, la capitale \u00e9conomique ivoirienne. Pour ses vacances annuelles, elle a tout fait pour que cela co\u00efncide avec la f\u00eate de l&#39;excision dans son village.<\/p>\n<p> Une autre demoiselle, Bertine Sangbeu, est de Dio, un autre village de la r\u00e9gion. Mais elle s&#39;est d\u00e9plac\u00e9e \u00e0 Gbangb\u00e9gouin\u00e9 pour assister \u00e0 la f\u00eate de l&#39;excision. &quot;Nous n&#39;avons pas les m\u00eames chances que les gens des autres villages. Notre f\u00eate se fait par g\u00e9n\u00e9ration. Donc nous attendons tous les trois ans&quot;, regrette-t-elle.<\/p>\n<p> A Gbangb\u00e9gouin\u00e9 comme partout dans la r\u00e9gion, on donne une valeur formatrice \u00e0 l&#39;excision. &quot;C&#39;est le lieu d&#39;apprendre \u00e0 la jeune fille \u00e0 \u00eatre une femme&quot;, soutient la m\u00e8re de Fid\u00e8le qui a h\u00e9sit\u00e9 longtemps avant de s&#39;exprimer. &quot;Je me sentais malheureuse depuis une semaine quand j&#39;ai constat\u00e9 que ma fille ne pouvait pas quitter la classe des enfants par ma faute. Mon riz n&#39;\u00e9tait pas m\u00fbr. J&#39;\u00e9tais vraiment d\u00e9prim\u00e9e. J&#39;ai eu de la chance et le village est venu \u00e0 mon secours&quot;, raconte-t-elle avec un brin de fiert\u00e9.<\/p>\n<p> Yvonne Kouay\u00e9, dont une fille fait partie du contingent de 2002, s&#39;estime heureuse aussi. Son souhait venait de se r\u00e9aliser. &quot;Ma fille ne voulait pas venir au village depuis des ann\u00e9es pour \u00e9viter d&#39;\u00eatre excis\u00e9e. J&#39;\u00e9tais mal vue dans le village&quot;, avoue-t-elle. Monique, 13 ans, la fille de Kouay\u00e9 vit \u00e0 Man, le chef lieu de la r\u00e9gion de l&#39;ouest. Elle va \u00e0 l&#39;\u00e9cole. Donc elle a appris les m\u00e9faits de l&#39;excision \u00e0 travers la t\u00e9l\u00e9vision et la presse.  Mais sa m\u00e8re a r\u00e9ussi \u00e0 la convaincre, par le biais de sa tutrice \u00e0 Man.<\/p>\n<p>&quot;Je lui ai fait comprendre qu&#39;elle ne peut pas vivre \u00e9ternellement sans arriver dans son village. Qu&#39;elle ne peut pas ignorer sa culture&quot;, affirme Kouay\u00e9. Sa fille a finalement accept\u00e9 de subir &quot;l&#39;op\u00e9ration&quot;.<\/p>\n<p> A Gbangb\u00e9gouin\u00e9, toutes les femmes d\u00e9clarent ignorer que la loi interdit l&#39;excision. Elles disent que leur village ne dispose pas d&#39;infrastructures modernes telles que l&#39;\u00e9lectricit\u00e9 et la route. &quot;Il y a des gens dans ce village qui n&#39;ont jamais vu une t\u00e9l\u00e9vision. Seuls quelques privil\u00e9gi\u00e9s ont de radio. Notre route est impraticable toute l&#39;ann\u00e9e. On ne se d\u00e9place pratiquement pas. Dans ces conditions, comment l&#39;information va-t-elle nous parvenir?&quot;, interroge Gueu.  Les femmes de ce village estiment qu&#39;il leur sera difficile de mettre fin \u00e0 la pratique. Et Seumin Douin, une exciseuse \u00e2g\u00e9e et r\u00e9put\u00e9e dans le coin, d\u00e9clare : &quot;C&#39;est notre culture. Je la pratique depuis mon enfance. Je ne vois pas pourquoi l&#39;arr\u00eater&quot;. Pour elle, parler du sujet est m\u00eame un p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p>Elle ne veut m\u00eame pas entendre parler d&#39;un quelconque danger que cela pr\u00e9sente pour les filles.  Douin entre presque en transe et lance : &quot;Nous ne for\u00e7ons personne. Ce sont les parents qui nous envoient leurs enfants. Ces parents sont responsables de ce que nous faisons. C&#39;est \u00e0 eux que vous devez vous adresser&quot;. A Man, les exciseuses tiennent le m\u00eame langage. Elles jettent la responsabilit\u00e9 de leur activit\u00e9 sur les parents des fillettes. Selon elles, si les enfants ne leur sont pas soumises, elles cesseront d&#39;exercer.  Des explications qui posent le probl\u00e8me de la sensibilisation contre les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines en C\u00f4te d&#39;Ivoire, un acte l\u00e9galement passible de peine de prison. En fait, l&#39;Association de d\u00e9fense des droits de la femme (AIDF) faisait beaucoup plus de tapage dans les zones urbaines qu&#39;en campagne.  Cons\u00e9quence : les familles ont fui la ville pour se retrouver au village et s&#39;adonner \u00e0 leurs activit\u00e9s de mutilations g\u00e9nitales de leurs filles.  Cependant, certaines personnes oppos\u00e9es \u00e0 l&#39;excision, ont pos\u00e9 des actes pour lutter contre le fl\u00e9au. Gr\u00e9goire Zingb\u00e9, natif de Man, \u00e9voque le cas qu&#39;il a v\u00e9cu dans les ann\u00e9es 1970 avec son \u00e9pouse. &quot;Mes beaux-parents m&#39;ont abandonn\u00e9 leur fille parce qu&#39;elle ne voulait pas \u00eatre excis\u00e9e. Ils m&#39;ont impos\u00e9 de l&#39;\u00e9pouser le plus t\u00f4t possible. C&#39;est ce que j&#39;ai fait&quot;. Son geste a non seulement rassur\u00e9 sa belle-famille, mais il a aussi servi d&#39;exemple dans son village. Les gens en ont d\u00e9duit qu&#39;une fille non excis\u00e9e pouvait se marier \u00e0 un homme de cette r\u00e9gion o\u00f9 l&#39;excision est encore sacr\u00e9e.  A Gbangb\u00e9gouin\u00e9, il y a \u00e9galement le cas d&#39;un haut fonctionnaire dont les filles refusent, avec sa &quot;complicit\u00e9&quot;, d&#39;\u00eatre excis\u00e9es. &quot;Il est venu les vacances derni\u00e8res, sous la pression de sa m\u00e8re, dire au village que ses filles ont fui la maison d\u00e8s qu&#39;il leur a parl\u00e9 de leur excision programm\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour prouver sa bonne foi \u00e0 sa m\u00e8re, il a pay\u00e9 le transport \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation qui s&#39;est rendue \u00e0 son domicile, \u00e0 Abidjan, pour constater la fugue des enfants. Depuis, personne ne parle de ces filles dans l&#39;affaire d&#39;excision&quot;, affirme Kpan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 24 sept (IPS) &#8211; Le petit et beau village de Gbangb\u00e9gouin\u00e9, perdu dans les montagnes de l&#39;extr\u00eame ouest de la C\u00f4te d&#39;Ivoire (\u00e0 630 kilom\u00e8tres d&#39;Abidjan), s&#39;est r\u00e9veill\u00e9 le 1er septembre avec les pleurs d&#39;une femme en d\u00e9tresse.<\/p>\n","protected":false},"author":207,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1],"tags":[],"class_list":["post-1324","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1324","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/207"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1324"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1324\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1324"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1324"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1324"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}