THYOLO DISTRICT, Malawi, 11 nov (IPS) – Il est 11 heures et Mary Jusa ne semble pas être préoccupée par le soleil qui tape fort son dos. Fredonnant une chanson traditionnelle, elle enlève les mauvaises herbes dans son champ de maïs situé entre deux canaux d'eau.

Jusa est l’un des 24 membres de ce projet d'irrigation dans le district rural de Thyolo et son lopin de terre ne mesure que 50 mètres sur 20. Mais elle dit qu’il rapporte assez de revenu pour satisfaire les besoins fondamentaux de sa famille de trois enfants. Elle attribue son succès aux services de vulgarisation agricole. “M. Sakaika [l’agent de vulgarisation gouvernemental] vient souvent ici. C'est grâce à ses instructions que nous sommes en mesure de profiter énormément de ces petits champs”, déclare-t-elle. Parmi les quelques chanceux Mais les agriculteurs de Thyolo constituent une heureuse exception à la règle. Il ressort des recherches effectuées par ActionAid, un groupe mondial de lutte contre la pauvreté, que les services de vulgarisation, qui fournissent des conseils et une formation aux fermiers, se sont effondrés dans la plupart des régions du Malawi. Le gouvernement admet que les services de vulgarisation sont insuffisants, mais il affirme que la pénurie de personnel est due à la pandémie du SIDA. Le 'Malawi’s Civil Society Agriculture Network' (Réseau agricole de la société civile du Malawi – CISANET) affirme que les agriculteurs du Malawi bénéficiaient d'un grand soutien du ministère de l'Agriculture, lorsque le gouvernement était le principal fournisseur des services. C'était avant l’introduction des politiques de libéralisation du marché dans les années 1980. Ces nouvelles politiques, selon le coordinateur national du CISANET, Victor Mhoni, ont éliminé le rôle du gouvernement en tant que principal fournisseur de services de vulgarisation. On s'attendait à ce que le secteur privé comble le vide. Le gouvernement a fortement réduit les dépenses dans ce domaine. ActionAid indique qu’entre 1996 et 1998, le gouvernement a alloué 67 pour cent du budget agricole aux services de vulgarisation. Ces dépenses étaient tombées à seulement sept pour cent l'année dernière, déclare-t-il. Bretton Woods coupable? ActionAid accuse particulièrement les donateurs tels que la Banque mondiale du retrait de l’appui du gouvernement à l'agriculture. Leur fixation sur l'agriculture pour la croissance économique plutôt que pour la sécurité alimentaire, déclare l'organisation, a entraîné la baisse des services de vulgarisation au Malawi. La Banque mondiale soutient qu'un mélange de travailleurs du secteur public, d’entreprises privées, d’organisations de la société civile et des structures au niveau communautaire devrait fournir les services de vulgarisation. “Finalement, nous serons en mesure d’atténuer la baisse qui y a été constaté, et d'accélérer la productivité des petits agriculteurs. Cette approche a été essayée dans d'autres pays en Afrique et elle marche”, affirme Hardwick Tchale, un économiste agricole de la Banque au Malawi. Suivre ses instincts Le Malawi jouit d'une appréciation glorieuse pour avoir ignoré les conseils de la Banque mondiale lorsqu’il s'est engagé dans un grand programme de subvention qui consiste à mettre des semences et de l’engrais dans les mains des petits agriculteurs; combiné avec de bonnes pluies, ce programme a rapidement amélioré la productivité agricole. En revanche, un haut responsable du ministère de l’Agriculture du Malawi n'est pas optimiste par rapport au succès de la politique des services de vulgarisation que le gouvernement a élaborée en 2000 avec la Banque mondiale. “Même si les agriculteurs ont pris l'initiative de demander des conseils, comme le veut la politique, ils ne trouveraient pas les agents dans les districts parce que nous n'en avons pas assez. Et vous ne pouvez pas forcer le secteur privé à entrer dans cette affaire”, a-t-il affirmé, requérant l'anonymat puisqu’il n'était pas mandaté pour parler au nom du ministère. ActionAid dit que le ratio entre le nombre des agents de vulgarisation et le nombre de ménages agricoles est de 1 pour 3.000, bien au-delà de l'objectif du gouvernement de 1 pour 500. “Nous élaborerons des politiques et ferons des recherches sur les technologies visant à développer notre agriculture”, a indiqué à IPS, ce responsable du ministère. “Mais je pense que nous ignorons un aspect très important qui actualiserait tous ces plans et résultats. Le gouvernement n'investit pas dans la vulgarisation. Nous ne devons pas attendre jusqu'à ce que nous introduisions des projets d'irrigation pour les agriculteurs avant qu'ils n’obtiennent les services”. Maximiser les ressources existantes Se confiant à IPS, en marge de la conférence sur le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), au Burkina Faso, à la fin de juillet, le directeur exécutif du FARA, Dr Monty Jones, a déclaré que les gouvernements africains pourraient compenser dans une certaine mesure la pénurie de personnel et le manque de mobilité en exploitant les nouvelles technologies de communication. “L'Afrique est considérée aujourd'hui comme le marché de téléphonie mobile qui connaît une croissance plus rapide. Il est logique que nos systèmes agricoles adoptent ces technologies afin d'échanger les informations de vulgarisation”, a-t-il dit. Sakaika, un agent de vulgarisation dans le district de Thyolo, a un vélo et un téléphone cellulaire. Il est responsable de 57 projets d'irrigation qui desservent près de 4.000 fermiers. “Si je visite un projet aujourd'hui, j’y retourne longtemps après. Ainsi, le téléphone cellulaire me garde en contact avec les agriculteurs”, a-t-il indiqué. Et ses efforts portent leurs fruits. Enock Mpeni, 48 ans, est président du projet d'irrigation auquel appartient Jusa. Il a été toute sa vie un producteur du maïs, mais il affirme qu'il a trouvé l'agriculture plus rentable depuis 2007 lorsqu'il a commencé à accéder aux services de vulgarisation à travers le projet. Mpeni a expliqué comment le fait de savoir l'espace qu’il faut laisser entre les plantes, le nombre de graines par trou, quand et quel engrais appliquer, et une meilleure tenue des informations, l’ont tous aidé à devenir un meilleur fermier.