LILONGWE, 4 oct (IPS) – A Ntcheu, un district rural du centre du Malawi, les villageois ont pris en mains la lutte contre le taux élevé de mortalité maternelle du pays.

Ils ont presque éradiqué les décès maternels dans la région en exhortant les femmes enceintes à accoucher dans les hôpitaux, sous surveillance médicale.

Chef Kwataine, qui a 89 villages à Ntcheu sous son autorité traditionnelle, a lancé une campagne pour la santé maternelle qui s’est attaquée d’abord aux croyances culturelles communes associées à la grossesse, par exemple celles selon lesquelles le premier enfant d’une femme doit être né à la maison ou selon lesquelles les hommes de la famille décident du moment où les femmes ont besoin de soins médicaux. Kwataine a également exclu toutes les accoucheuses traditionnelles de son village, obligeant les femmes à accoucher à l’hôpital.

Ces mesures sont allées de pair avec une vaste campagne d’éducation sur la santé maternelle. Dans chacun des 89 villages, deux à cinq conseillers maternels qualifiés déclarent chaque grossesse et conseillent les mères sur les meilleures pratiques permettant de parvenir à la santé maternelle. Des messages brillants sur les murs des maisons des villageois rappellent avec force des informations importantes sur la santé.

“Nous surveillons aussi leurs visites médicales. Chaque fois qu’elles vont à une visite prénatale, elles nous amènent leurs passeports médicaux afin que nous puissions noter ce qui a été inscrit par l’hôpital”, explique Pilirani Nkhoma, un des conseillers maternels.

Des résultats tangibles Les résultats sont palpables. Entre 2000 et 2005, avant que le chef ne démarre l’initiative de santé maternelle, la région avait enregistré 52 décès maternels. Mais pas une seule femme dans les 89 villages sous l’autorité de chef Kwataine n’est décédée pendant l’accouchement au cours des trois dernières années.

C’est du jamais vu au Malawi, là où 510 femmes meurent pour 100.000 naissances vivantes, selon le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). Même si ce nombre est en baisse à partir de 807 décès pour 100.000 naissances vivantes en 2006, le Malawi ne réalisera pas l’Objectif 5 du millénaire pour le développement (OMD) sur l’amélioration de la santé maternelle.

Pour atteindre l’OMD 5, le pays devrait amener le nombre à 155 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes d’ici à 2015, ce qui sera impossible à réaliser, selon le gouvernement du pays.

L’initiative de santé maternelle de Kwataine est confrontée à un certain nombre d’obstacles, puisque les mesures ne peuvent avoir du succès à long terme que si elles sont accompagnées de ressources humaines et financières suffisantes au niveau du secteur de la santé publique. L’hôpital le plus proche de la région placée sous l’autorité traditionnelle de Kwataine, par exemple, reçoit maintenant presque deux fois plus de femmes enceintes que la salle de la maternité ne peut contenir et il a du mal à assister toutes les femmes dans le besoin.

“Au dire de tous, la campagne dans la région de Kwataine est une démarche remarquable. Mais nous sommes maintenant en train de boucler presque ici parce que nous n’avons pas de ressources correspondantes”, a déclaré à IPS un agent de santé qui a préféré garder l’anonymat.

Manque de capacité Les experts craignent que les résultats obtenus dans la réduction de la mortalité maternelle puissent échouer en raison du manque d’agents de santé qualifiés et de la capacité hospitalière.

Le ministère national de la Santé n’a pas pu prendre en main le problème. En 2005, il a promis recruter plus de sages-femmes et améliorer les établissements de santé, en vue de renforcer la santé maternelle, mais cinq ans plus tard, les agents de santé qualifiés sont encore en nombre très limité et les établissements de santé demeurent mal équipés.

Le 'Malawi Health Equity Network' (Réseau pour l’équité en santé du Malawi) (MHEN), une alliance indépendante d’organisations et d’individus faisant la promotion de l’équité et de la qualité en matière de santé, basée à Lilongwe, trouve le gouvernement fautif en particulier dans la répartition budgétaire. Un rapport dans lequel il analyse le budget national sur la santé montre qu’au cours des quatre dernières années, le ministère de la santé a affecté entre 50 et 60 pour cent de son budget annuel à des activités au siège du ministère de la santé, au lieu d’utiliser ces fonds pour améliorer les établissements de santé dans tout le pays.

“C’est de l’argent dépensé sur des allocations et sur des voitures à quatre roues motrices qui roulent à toute vitesse dans les rues de la capitale, pourtant 80 pour cent des Malawites sont dans les régions rurales où des problèmes de santé sont sans cesse intenses”, se plaint le directeur exécutif de MHEN, Martha Kwataine.

Faire preuve d’initiative Très conscient des priorités de dépense contestables du ministère national de la Santé, chef Kwataine et ses habitants ont décidé de ne pas attendre le gouvernement pour fournir tous les services.

La population rurale du Malawi, quoique majoritairement pauvre, a le pouvoir de trouver ses propres solutions aux malheurs du pays en matière de santé maternelle, pense le chef. Derrière une initiative impulsée par la communauté sur la sécurité de la maternité qui a connu du succès, il a réussi à mobiliser ses populations pour qu’elles donnent de l’argent pour construire leur propre clinique qui offrira les premiers services obstétriques d’urgence.

“Nous croyons que la clinique allègera la pression au niveau de l’hôpital principal, permettant ainsi à plus de femmes d’accéder à de meilleurs services là-bas et assurant aussi des soins médicaux plus rapides ici”, explique-t-il.

Kwataine espère également que le gouvernement aura conscience des succès qu’il a obtenus dans ses villages et qu’il rendra des fonds disponibles pour que d’autres communautés reprennent cette démarche: “Si les communautés de tout le pays s’engageaient à exécuter des programmes de cette nature, et si le gouvernement venait soutenir de telles initiatives, le Malawi aurait une meilleure histoire à raconter en 2015”.