DAKAR, 15 avr (IPS) – Les boutiques de référence, implantées à Dakar par le ministère du Commerce pour contrôler le prix des denrées alimentaires et réduire le taux de chômage dans les banlieues de la capitale sénégalaise, n’ont rien changé dans la vie quotidienne des femmes, affirme le Consortium pour la recherche économique (CRES).

Selon le rapport d’une recherche du CRES, publié ce mois, les boutiques de référence, ne jouent plus en réalité le rôle de contrôle des prix qui y étaient appliqués suite à la crise alimentaire de 2008. «Sur les dizaines de boutiques que nous avions visitées, les prix varient d’un milieu à un autre. Le litre d’huile d’arachide est dans certaines boutiques à 1.300 francs CFA (environ 2,7 dollars) et dans d’autres 1.100 FCFA (2,2 dollars», souligne le rapport.

Le coordonnateur de la recherche au CRES, Mbissane Ngom, estime qu’il existe également un problème au niveau de la concurrence. «Si le ministère du Commerce dit qu’il faut aller vers ces boutiques, n’y a-t-il pas derrière (cela) une indication pour aller vers les produits fabriqués par d’autres entités et distribués par des réseaux de distribution (choisis par l’Etat)», demande-t-il.

Le représentant de l’Association des consommateurs du Sénégal, Momar Cissé, partage la même opinion. «Les boutiques de référence ne respectent pas les prix affichés, elles pratiquent exactement les mêmes prix que ce qu’on trouve dans les magasins ordinaires», déclare-t-il à IPS.

Selon Omar Faye, gérant d’une des boutiques de référence à Guédiawaye, une banlieue de Dakar, le prix joue beaucoup dans la vente. «Si tu vends ton produit moins cher, les gens pensent que le produit n’est pas de qualité, c’est pourquoi j’ai augmenté pour avoir le même prix que les boutiques ordinaires», explique-t-il à IPS.

“Avec la crise, à Dakar, le kilo de riz importé a augmenté de quatre pour cent depuis janvier dernier tandis que, dans la foulée, le prix du fonio, du mil et du maïs prenait 15 pour cent de plus”, ajoute-t-il. De son côté, Ibou Diallo, un boutiquier rencontré à Grand Dakar, affirme que le prix des produits dépend du milieu. «Si je vend mes produits au même prix que dans les autres magasins, c’est parce que je ne veux pas être mal vu. Lorsque les autres boutiquiers du quartier apprennent que toi, tu vends moins cher, ils vous envoient parfois des gens pour vous dire de ne plus vendre comme cela», révèle-t-il à IPS.

Par contre, Issa Ba, un autre boutiquier exerçant à Pikine, une autre banlieue de la capitale, explique que chez lui, le prix varie selon les clients. «Si vous venez et que je pense que vous avez d’argent, je peux augmenter le prix et si je vois quelqu’un en qui je sens qu’il n’a rien, je lui diminue cela, c’est aussi ça le commerce», se défend-t-il.

Pour leur part, les consommateurs ne savent plus où aller. Ndyèye Diop, ménagère demeurant à Grand Dakar, souligne que le prix des produits devient un problème grave. «Lorsque je vais chaque fois au marché, j’ai la peur au ventre. Les prix augmentent dans tous les magasins suivant les jours, et c’est nous, les mères de familles, qui souffrons. Tu vois la boîte de tomate moyenne, la semaine dernière c’était à 700 FCFA (environ 1,4 dollar), et ce matin on me dit que c’est 800 FCFA (1,6 dollar)», explique-t-elle, un peu irritée.

Mame Ndiaye, professeur de français au lycée des Parcelles assainies, une autre banlieue de Dakar, déclare qu’elle ne discute plus les prix des produits. «Je suis fatiguée avec le problème des prix des produits. J’ai seulement choisi un seul boutiquier chez qui je fais chaque fois mes emplettes. Lorsque mon argent ne suffit pas, je lui explique et après je paie», dit-elle à IPS.

Selon Amadou Wane, étudiant en quatrième année de gestion à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, c’est le gouvernement libéral du président Abdoulaye Wade, qui a engendré le désordre au niveau du prix des produits de première nécessité.

«Avant, je parle du temps du président (socialiste) Abdou Diouf, il y avait un organe de régulation des prix. Les prix étaient les mêmes dans tout Dakar, mais avec le système libéral, tout le monde fait ce qui lui plaît et c’est les pauvres qui souffrent; c’est dommage pour notre pays», déplore-t-il.

Pour sa part, le ministre du Commerce, Amadou Niang, explique que l’implantation de ces boutiques obéit à la nécessité d’amener les commerçants à respecter les prix fixés. «Nous avons installé ces boutiques afin de veiller sur la transparence des prix. Nous voulons que les populations accèdent aux marchandises à des prix avantageux. L’Etat a prévu plus de 1OO boutiques dans les banlieues», déclare-t-il à IPS. Selon le ministre, tout est mis en place pour sécuriser les prix, et ceux qui les augmentent de manière exagérée, auront affaire aux forces de sécurité. “Un comité de surveillance sera mis prochainement sur pied; il va faire des enquêtes sur les prix et tous ceux qui ont augmenté les prix verront leur boutique fermée ou paieront une amende”, affirme-t-il.